Aldo, le Continent Malade

 

 

 Je ne cesse de bouger sous l’un des fauteuils de rameur du paquebot pendant une durée précise et encore présente à ma mémoire sans songer à en avoir la faiblesse. Je suis étendu, dressé, je manque complètement de voir, bien qu’y atta­chant une importance extrême, une voile s’éloigner vers le centre de la ligne brisée de l’horizon. Mon esprit doit, mais un doute subsiste, être resté en ville, et cependant j’oublie dans les moindres détails tout ce qui n’arrive pas. J’oublie l’immobilité des flots, j’oublie qu’elle me fait passer le vertige et efface la danse sporadique de la verticale, je n’ai pas non plus la convic­tion relative de n’être pas encore vivant, et ne pense pas sans une ironie douce à l’utilité de ce secours qui arrive à l’heure, et même trop en avance : extérieur à un espace monétaire si fin, je continue à gesti­culer, autrement dit, les pieds éloignés du bordage à ignorer la progression de cette goélette paralytique. NON ! ce n’est pas une énorme barque licen­ciant son personnel…