journaux 2007-2009




   210 pages

   format  19, 5 x 25, 5 

   prix : 35


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    Après le relatif répit des quatre années marseillaises, occupées à composer des paysages sonores, abstrait des saisons. Les fonds baissent, agir avant de perdre tout moyen. Sortir de la ville pour éviter la honte du déclassement. Restaurer une maison puis la vendre, puis une autre, jusqu'à me rapprocher d'un endroit vivable, telle était l'idée. Par la Barrière du Prix franchir les frontières de la Province, choisir par force les régions déshéritées des granits, non loin des vacances d'enfance, au cœur de la crasse paysanne. Le bâtiment est un ancien entrepôt dans un village de petite montagne, avec cette qualité primaire appréciée des citadins artistes rêvant de factory. Six mois de travaux, un an et demi d'attente, aux abois, réchappé enfin sans gain notable, plus profondément blessé, et obsédé par l'urgence de sauver la mémoire et l'image. Objet de questions et de suspicion. La faiblesse de ma position met le sang aux lèvres, la fragilité de l'alliage, on voit la désalliance dans le métal.
    Journal de l'attente, discontinu, centré sur les périodes de mouvement, visites à Michael White sur son haut plateau, à Laurence-Livermore à Bonnieux, à Daisy Peugeot à Bormes, à Daniel Faure, saison à la coopérative, descentes à Marseille, rencontre avec Ima Tenko la danseuse buto à Paris, participation à des films d'étudiants, matériaux bruts d'où ont été tirés des chapitres de Deshertement. En annexe la transcription des 9 séances d'enregistrement de Michael White, natif de Berkeley, racontant ses vingt premières années, et la relation par une aïeule de mon père des évènements d'octobre 1917 à Moscou et de leur départ forcé, document copié lors de mon dernier passage à Paris en avril 2009.
                                

 
journaux 2009-2012




   278 pages

   format  19, 5 x 25, 5 

   prix : 35


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     Repli au sud, à Lunule, voir blason. Allègement des contraintes, discipline de la rédaction, climat moins austère, fin des sapins. Journal continu, ici condensé, accéléré, le spectacle est plus varié, les discours nombreux, le citoyen sur l'estrade baratte à l'infini la crème du baratin, l'animateur, l'écrivain invité, l'Hercule de quartier, le poète résident, les dames d'où l'amour se retire, les vogueurs sur l'onde, les pédés en visite, les harangueurs de foule.
    L'écriture d'Horrible Je reprend au chapitre f, précédée d'une période de documentation, de recherche de témoins, d'amis perdus, j'apprends les disparitions, certains déposent, la plupart se rétractent, deux ans après sa mise en chantier le volume s'achève, presque, la correction n'en finit pas.
    On dresse des listes d'éditeurs, on scelle des enveloppes, les réponses sont négatives, on imprime soi-même, on fait un tour d'horizon de la littérature courante. Les ruptures se consomment, je décide de changer d'air avant d'aborder la montagne des images pointant derrière celle des souvenirs.
    

 

  
  
   242 pages

   format  19, 5 x 25, 5 

   prix : 35


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      Changer d’air… « Grande chambre meublée à louer dans maison située en bordure d'Aix Ouest, quartier calme. Parties communes à partager avec autres locataires. Toutes commodités ». Chambre, quatre mètres sur quatre, comment tout faire tenir ? Maison : comment la nommer, les qualités se contre­di­sent, pauvre jas métairie de terres maigres devenue villa, maison bourgeoise –la citerne transformée en piscine, puis donjon d’un lotisse­ment entouré d’enceintes de grilles et de clôtures, moyen-âge où parviennent de temps en temps les rumeurs d’attaque d’un camion-pizza par des bandits de bretelle. Le jardin me l’avait fait choisir ainsi que la relative libéralité des conditions. Le besoin de verdure devenait critique.
       Propriétaire : d’antique noblesse, malade chronique, de grave maladie innommable à l’heure de la Cour, d
ix ans de plus, ancienne restauratrice, a dérogé en recolleuse de pots, fume et lit des romans à l’eau des deux Roses, investit de son dernier espoir le chevalier Prozac, a contracté aussi le besoin de se faire assister, divertir et servir et me propose dès l’abord de partager son côté. J’hésite, conscient des malentendus possibles, probables, certains, allergique à toute domesticité, aux ambiguités dialectiques, aux rapports de dépendance, aux devoirs occultes, au chantage, à l’insidieuse domination de la faiblesse, puis accepte et déménage, non conscient d’être le continuateur d’une série de préposés.
       Locataires : un
noyau dur grimpant en âge, encore laiteux au cœur mais en coque rigides, casaniers au seuil du stérile, certains arrivent à s’arracher après trois ou quatre ans, d’autres n’ont pas les moyens de trouver mieux, d’autres attendent le préalable, la Mise en Ménage. Et un roulement de stagiaires-étudiants, comptant en mois et non en années. Six en tout.
       Premier mois : août-fournaise, creuset de grandes vacances de la parenté besogneuse de la Dame, de son défunt mari l’Artiste, gaulis de la sombre Vosge venus activer le charbon du barbecue et des marées au rectangle bleu. Bleu, bleu-vert. Associé à leurs sorties et distractions, par principe plutôt que par goût, pour ne pas compromettre la suite, et tamponner les divorcés.
  
Bruno L'EPLATTENIER



   234 pages

   format  19, 5 x 25, 5 

   prix : 35


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       Septembre, déjà l’hiver face à celle qu’on ne voyait jamais, le matin pathétique le soir cassante, à la gêne se mêlent de pâles velléités, tout ce qu’on veut faire pour elle on le regrette, je finis par me rabattre sur le jardin pour contribuer d’une manière plus conforme à mon goût. Il y a aussi le chien Arthur, le vétéran aux longs poils noirs piqués de pignolos, incurable lui aussi, atteint d’une tumeur à la mâchoire, « plus intelligent que bien des hommes », comédien selon Abdul-Aziz, le locataire sénégaulois de la troisième catégorie, qui se rend régulièrement en Ukraine chasser la Blonde discount. Quand je commence la tâche des photographies, numérisation et catalogue la situation est déjà presque irrémédiablement dégradée. Il faut rester et terminer, on n’a pas quatre mois à perdre encore à parcourir les an­nonces, af­fronter le proprié­taire lambda ses règlements ses garanties sa méfiance, le jeune ac­tif lambda ses feuil­letons ses apéros et son respect mutuel.

     Un avis de congé est lancé contre le locataire rétif, bientôt qualifié de toxique, un comité de voisins vertueux aide à l’expulser des parties privées ce morpion, du renfort est mandé, de la grisonnante bas-de-gamme investie d’un gardiennage sacré. Voyez comme le style est prétentieux et antipathique chez cet individu, vous prendrez plaisir à leur défense. Le bâtard ose contrer la pauvre infirme en justice. Il ne se rend pas compte du mal qu’il cause. Ayant succombé en référé elle en appelle, l’irruption des avocats déclenche un flot de témoignages concordants, de certificats médicaux, 66 pièces seront versées au dossier pour démontrer sa nuisance, même ses anges gardiens l’abandonnent, les plus prudes, ils en ont marre, le larguent au milieu du gué, m’abandonnent à Squatter Grincheux, fidèle parce que fainéant, à moitié sourd et aveugle, qui ne veut plus bouger, « better the old devil you know », il arrive quand même à nous protéger du pire. 

     Tout ce temps je vivais dans la gueule de la louve, pauvre biquet, en butte aux représailles et aux sabotages, au gré des départs et des arrivées s’était constituée sur une trame darwinienne une cellule directoriale féministe, hiérarchisée, un collège amazonien manipulant à l’envi trois mâles falots. C’est marrant, non ? fallait que ça se termine mal pour quelqu’un, à défaut d’amour il y aura des cadavres.

    La catalyse sociale, le canevas médiéval et légendaire, la perversion et la pureté, le pou­voir des femelles, la justice (les justices, en ordre d’éloignement, personnelle, familiale, de quartier, d’instance, d’appel, qui fait crier), la morale du groupe, la délation, j’admets une tendance consciente à provoquer pour faire foisonner la ma­tière. Incontestablement mon meilleur rôle de salaud. À romancer (je m’y mets dès demain)